Le Muscadet, « 2CV des mers »

Le Muscadet, « 2CV des mers »

Il ne fut ni le plus racé ni le plus rapide, mais certainement le plus populaire : le Muscadet, ce petit voilier révolutionnaire surnommé la « 2CV des mers » pour avoir démocratisé la plaisance, a fêter ses 50 ans en 2013.

Avec son plan presque rectangulaire et ses angles saillants, ce bateau de 6,40 m conçu en 1963 par l’architecte de marine Philippe Harlé ne suscita pourtant pas d’emblée l’enthousiasme pour son esthétique, au point d’avoir été qualifié de « vilain petit canard ».

Mais ses qualités marines et fonctionnelles — il est doté de quatre couchettes et d’un coin cuisine — et son prix abordable lui valurent de devenir le premier bateau habitable de grande série, avec quelque 900 exemplaires produits.

« C’était LE bateau de série phare, y compris en termes de performances. Il peut affronter tout type de temps : plus il y a du vent, plus il avance », résume le navigateur Roland Jourdain, dont ce fut le premier bateau en 1982.

Un « piège à filles » en contreplaqué

Pour Claude Harlé, veuve de l’architecte décédé en 1991, « Philippe avait voulu un bateau capable de traverser l’Atlantique et accessible aux petites bourses. Il voulait transformer la population navigante, que chacun ait la possibilité d’aller sur l’eau ».

« C’était un bateau révolutionnaire, en contreplaqué, un matériau économique et solide, comme le Pen Duick II que Tabarly faisait construire à la même époque. Un bateau marin pour un petit budget. C’est la 2CV, la 4L des mers », souligne Jean Cordier.

Le bateau, vendu 9.500 francs à sa sortie, soit moins du double du prix d’une 2CV, se négocie aujourd’hui autour de 10.000 euros d’occasion.

La cote d’amour du Muscadet n’a en tout cas pas varié chez ceux dont il a fait tanguer et rouler la jeunesse.

« Chaque fois que j’en vois un, cela me donne le frisson. Il

a conditionné toute ma carrière. Ca reste pour la vie, comme pour certains la première voiture ou le premier cheval », confie Roland Jourdain à l’AFP.

Jean Cordier, barrant fièrement son « Crac Boum Hue », se souvient aussi : « Mon père l’a acheté neuf en 1967, j’avais 15 ans. J’ai fait Mai 1968 dessus, c’était un vrai piège à filles, d’où son nom, tiré de la chanson de Dutronc. Ensuite j’ai fait mon voyage de noces dessus et navigué avec mes enfants… »

Le naufrage de Jourdain

Populaire, le bateau fut aussi performant : dans une version légèrement modifiée, le Gros-Plant, il se classa deuxième de la première Minitransat, réservée aux bateaux de moins de 6,50 m, en 1977. Au total pas moins de 43 Muscadet et Gros-Plant ont bravé l’Atlantique dans cette compétition.

Pour Roland Jourdain, qui se lança dans ce défi à 19 ans, en 1983, l’expérience reste inoubliable : il fit naufrage alors qu’il était en tête de la course.

« Je suis sans doute le seul à avoir réussi à couler un Muscadet, pourtant réputé indestructible : j’avais heurté en pleine nuit un objet flottant, au large du Portugal », rappelle le vainqueur des deux dernières Routes du Rhum en classe Imoca.

« Retaper un bateau, trouver des sponsors, se lancer dans une transat, être en tête, subir une fortune de mer, être finalement secouru : j’ai vécu avec le Muscadet le condensé de toute une carrière de course au large », résume-t-il.

Construit en majorité aux chantiers Aubin en Loire-Atlantique, en plein pays du muscadet, d’où son nom, jusqu’en 1979, le Muscadet connut également une version italienne et reste prisé par les auto-constructeurs : « Il y en a trois en construction en ce moment, dont un en Espagne et un en Italie », indique Claude Harlé.

De 400 à 500 Muscadet navigueraient encore de nos jours, selon les estimations.

Le Muscadet, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre entre des constructeurs, le chantier Aubin, et un architecte, Philippe Harlé. « Ce premier bateau dessiné par Philippe Harlé était tellement novateur que personne ne voulait le construire, les chantiers étant habitués aux bateaux classiques » nous explique Franck Joly, trésorier de l’Association des propriétaires du Muscadet (APM).

La grande nouveauté de ce bateau c’est sa construction en contreplaqué qui a révolutionné la pratique des chantiers Aubin. « Ils ont dû quitter la construction classique pour faire de la série. Ils produisaient 55 bateaux par an, soit 5 par semaine. » Après le Muscadet ont suivi le Cognac et l’Armagnac, mais ce petit bateau de 6,50 mètres reste le bateau emblématique du chantier et de l’architecte. « Il a été produit à 700 exemplaires, dont 650 en version quillard et seulement 50 en version dériveur. » Construit en bois, la production a cessé en 1979, car le matériau n’était plus compétitif par rapport au polyester. Pour autant, plusieurs années après on se rend compte que ce bateau est extrêmement marin. « C’est un bateau typique, avec sa forme et son bouchain. » Pour l’anecdote, Jean-Luc Van Den Heede a dit « qu’il n’avait jamais connu les limites du Muscadet. »

Ce petit voilier a permis de démocratiser la croisière et la course-croisière et il est devenu le 1er bateau de voyage à tout petit budget. « C’est un bateau très bien construit, très durable. » Il a d’ailleurs été choisi par les marins pour réaliser les 1ers mini-transats. C’est grâce à celles-ci qu’il a pris autant de place dans la croisière puisque ce bateau avait traversé toutes les mers du globe malgré sa petite taille.

Aujourd’hui, il reste 450 Muscadets sur les 700 construits au départ « On en trouve 150 dans le monde entier et 300 en France. La répartition est de 60 % en Manche, 35 % en Atlantique et 5 % en Méditérannée. »

« Il m’arrive encore de trouver des choses extraordinaires, des Muscadets qui sont au sec depuis 15 ans, dans leur jus, comme s’ils sortaient du chantier Aubin, avec des voiles et des mâts d’origine pour seulement 4 500 € »

Pour autant, le Muscadet est un bateau en bois qui demande beaucoup d’entretien, raison qui fait que les propriétaires peuvent aussi s’en séparer. Ces petits bateaux spartiates et sportifs sont de très bons bateaux de régates, mais aujourd’hui, la jauge impose certaines règles « Les voiles sont en dacon et non en kevlar. On ne veut pas que ce soit la course à l’armement. Pour autant, on a des bateaux très beaux, avec de l’accastillage harken moderne, des voiles coupées, très bien toilettés, des belles peintures, de beaux vernis… »

 

Chantier  Aubin
Architecte Philippe Harlé
Longueur de coque   6,4 m
Largeur de coque 2,26 m
Déplacement 1250 kg
Longueur de flottaison  5,5 m
Tirant d’eau  1,1 m
Cabine 1
Voilure au portant 45,05 m2
Voilure au près 25 m2

Crédit : flickr.com/photos/bobostudio/

https://www.eurosport.fr/voile/le-muscadet-2cv-des-mers-a-50-ans-et-toujours-du-vent-dans-les-voiles_sto3923043/story.shtml

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